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Histoire de la réflexologie : des traditions ancestrales à une approche intégrative moderne

  • Photo du rédacteur: Nina BOSSARD NATUROPATHE
    Nina BOSSARD NATUROPATHE
  • il y a 2 jours
  • 11 min de lecture

Veille de plusieurs millénaires, la réflexologie, aujourd’hui considérée par les autorités françaises comme une technique de relaxation et de détente, a connu un essor considérable dans de nombreuses cultures et civilisations. Utilisée comme technique de soin dans diverses traditions, ce n’est qu’au XIX siècle qu’elle a intrigué les scientifiques. Son approche est devenue alors plus physiologiste et rationnelle, même si l’homme moderne n’a pas encore toutes les clefs de la connaissance pour en expliquer son fonctionnement. Tour d’horizon sur l’origine de cette technique, classée par Pierre Valentin Marchesseau comme technique… naturopathique !



Les origines de la réflexologie

 

Une pratique manuelle veille...comme le monde ? L’origine de la réflexologie est effectivement très ancienne. Certains aiment à dire qu’elle coïnciderait avec la naissance de l’homme. Il est effet très probable que, cherchant des ressources pour se guérir, celui-ci ait instinctivement appris à masser son corps pour soulager ses maux. Aujourd’hui, alors même que nous avons pléthore d’antidouleurs et de médicaments, n’utilisons nous pas toujours instinctivement nos mains pour nous libérer de tensions ou de douleurs ? Bien sûr la datation précise de l’émergence de cette technique est comme bien d’autres techniques ancestrales particulièrement complexe.

 

Certains témoignages attribuent la naissance de cette pratique aux Incas[i]. Cette ancienne civilisation du Pérou (12000 av JC) aurait effectivement transmis, par tradition orale, ses riches enseignements aux tribus amérindiennes d’Amérique du Nord, notamment les Cherokees. Les descendants de cette lignée pratiquent et se soignent toujours actuellement grâce à cette technique[ii]. Pour les amérindiens, la réflexologie plantaire est un art sacré, spirituel, les pieds symbolisant la partie du corps qui relie l’homme à l’univers. Les preuves de cet héritage restent néanmoins maigres pour les esprits les plus cartésiens.

 

Une pratique médicale ancestrale

 

Plus satisfaisant : l’Egypte Antique. Les traces les plus anciennes de cette pratique remontent en effet à l’Egypte Ancienne, à Saqqarah entre 2500 et 2330 avant J-C. C’est sur le tombeau d’une haute figure royale, un médecin égyptien prénommé Ankmahor que l’on retrouve des pictogrammes illustrant cette technique au coté d’autres pratiques médicales. La réflexologie plantaire et palmaire figurent parmi des scènes d’accouchement, de soins dentaires, ou encore de pratiques pharmacologiques. Sachant qu’à cette époque, les savoirs et compétences des défunts étaient représentées sur leur tombeau, ces fresques témoignent de l’usage, médical, de cette pratique. D’après l’Institut du papyrus au Caire, les hiéroglyphes qui figurent au-dessus des dessins signifient «Ne me fais pas mal » demande le malade, «Je ferai en sorte que tu me remercie», répond le médecin.


L’approche médicale de cette pratique fut également développé en Asie où une forme d’acupression de points au niveau des pieds était pratiquée notamment en Chine dans le cadre de la médecine traditionnelle chinoise. Cela  a été confirmé par Maître Yo-Mo-Kuan[iii]. Une forme de réflexologie se développa en effet à travers la pratique de l’acupuncture et de la moxibustion[iv]. Ce soin et diagnostic du pied était prénommé « Kwang Tsu Fa ».  Des passages sur l’usage de la réflexologie plantaire seraient également présents dans le « Nei Ching », l’ouvrage célèbre de médecine chinoise que l’on attribue à l’Empereur Jaune et que les chercheurs datent entre 1000 et 400 avant JC.  

 

Cette pratique fut fortement restreinte sous la dynastie Qin (221-226 av. J.-C) notamment sous l’empereur Shi Huangdi, ère durant laquelle de nombreux livres furent détruits et savoirs interdits. Si cela rend aujourd’hui quasi impossible la datation exacte de cette pratique dans l’histoire de la médecine chinoise, les travaux « Le tao du centre du pieds » rédigés par le Dr Hwa Tuo (période Han (206 av. J.-C.-220 ap. J.-C.) témoignent de cet usage. Notons qu’il  n’était pas le seul. D’autres docteurs célèbres comme le médecin Wang Wei (IVème siècle avant J.-C) utilisent des techniques d’accupression au niveau de la plante des pieds pour soigner leurs patients.

 

Il est intéressant de noter que l’idéogramme chinois « pied » signifie littéralement « partie du corps qui sauvegarde la santé ».[v] [N1] 

 

Réflexologie, dimension sacrée et holistique

 

Dans les traditions hindouistes et bouddhiques vieilles de plusieurs millénaires et où médecine et spiritualité sont inter-reliées, les pieds de Bouddha et Vishnu sont vénérés comme objets de culte. L’emprunte du pied de Bouddha, Buddhapada en sanscrit, est souvent quadrillée de symboles. Ceux-ci renverraient à des qualités primordiales de l’être, qualités qui semblent se matérialiser par analogie à certains organes. Ainsi le talon refléterait l’ancrage, la longévité et la fertilité. Il est à ce titre intéressant de noter que c’est dans cette partie du pied que se situent les zones réflexes du bassin et du système génital. Les orteils symboliseraient l’éveil, la connaissance, la conscience, alors qu’ils contiennent les zones réflexes du cerveau ainsi que toute la boite crânienne.

                                                            

En Inde, les pieds sont également largement vénérés. Gravures, empruntes, Padukas (sandales), teintures, de nombreuses représentations de pieds sont objets de culte. La plus grande bénédiction est d’ailleurs non pas de toucher la tête ou le visage d’un maitre, mais ses pieds ou ses sandales. Dans la tradition hindoue, les pieds de Vishnu « Vishnu Padas »  sont eux aussi richement garnis de symboles. Ils symbolisent l’unité de l’univers, et les différents aspects, éléments qui représenteraient le grand tout, autrement dit un « Un » ultime.

 

Dans la philosophie védique, dont les textes sont connus pour être les plus anciens du monde, le corps est considéré une représentation miniaturisée de l’ordre cosmique comme l’adage « le macrocosme est à l’image du microcosme » le résume bien. Les pieds sont à eux seuls sont une représentation encore plus « petite » du macrocosme. On retrouve ce principe de projection et de miniaturisation du corps en réflexologie moderne. A l’étude de cartes réflexologiques, toute la structure du corps est comme projetée sous le pied. On peut voire dans un pied « debout », un homme assis, les orteils représentant la tête, la voûte représentant le buste, le talon, le bassin.

A cette époque, où la science, la médecine et la spiritualité formaient un tout indissociable, et où l’homme était soigné dans sa globalité d’esprit et de corps, il ne serait pas surprenant de lire dans ces signes et symboles une vision large et superposée des qualités de l’individu. Certains aiment d’ailleurs à dire que les maitres spirituels, médecins de l’époque auraient utilisé des langages codés pour déguiser et cacher la connaissance.

 

Vestigium pedis, est un terme utilisé par la doctrine chrétienne pour désigner la représentation de la trace laissée par les Prophètes ou les saints[vi]. Les historiens utilisent par extension ce même mot pour désigner les représentations de pieds dans l'iconographie spirituelle des différentes traditions.  Dans l’Islam, une paire d'empreintes des pieds du Prophète figure au coté d’autres reliques du Prophète au musée Topkapi au Califat à Istanbul. Les musulmans retirent leurs chaussures avant d’entrer dans une mosquée. Dans les évangiles, pendant la Cène, les pieds semblent également sacrés. Jésus lui-même lave les pieds de ses apôtres comme s’il pansait la plaie de l’humanité, les pieds représentant d’une certaine façon l’être tout entier. Moïse reçoit l’ordre d’enlever ses chaussures devant le buisson ardent, de façon à ce qu’aucun corps étranger ne le sépare de la terre-mère.

Que ce soit dans la pratique améridienne, hindouiste, bouddhiste, chrétienne ou encore islamique, ils semblent que les pieds contiennent une symbolique fortement spirituelle.

 

Réflexologie plantaire, histoire moderne

 

La réflexologie connut un essort considérable en Orient pendant des siècles, mais en Occident elle reste quasi inconnue jusqu’au 14ème siècle.  En 1582, deux Dr. allemands Adamus et Atatis, utilisent et rédigent un ouvrage sur la thérapie par les zones réflexes. A la même époque, à Leipsig, le docteur Bell et plusieurs chercheurs médecins se concentrent sur le constat qu'une stimulation d'une partie du corps agit à distance sur une autre partie plus éloignée. Mais c’est surtout au XIXème siècle, avec l’émergence de la neurologie et la découverte des réflexes de Ivan Pavlov[vii], que médecins et scientifiques se penchent plus précisément sur ce principe de réflexe. Selon la « Théorie des réflexes conditionnés » de Pavlov, pour obtenir une réaction il faut un stimuli. Parallèlement en 1883, un médecin hollandais dénommé Ten Thyne publia un premier traité sur l’acupuncture chinoise. 

 

Dans le prolongement des découvertes sur les réflexes, les neurologues Sir Henry Head et Sir Mackensie deux médecins anglais, établissent vers 1883, la théorie des dermatomes, encore nommée Zone de Head. Ils démontrent l’existence d’une relation viscéro-cutanée, ou autrement dit qu’il existe une relation entre des segments de peau et différents organes internes situées à distance de ceux-ci.[viii] La cartographie de ces dermatomes est toujours utilisée en médecine dermatologique. Les découvertes sur la neurologie et le réflexe s’étoffèrent. En Allemagne, le Dr Alfons Cornelius remarque que le massage d'une zone douloureuse permet de soulager d'autres parties du corps. Il publie en 1902 "Points de pression, leur origine et signification". En 1911, un autre allemand, le Dr Barczewski décrit dans son livre de "Reflexmassage" une méthode de soin par pression qui vise à soulager à distance la douleur. 

 

Mais c’est au DR. William Fitzgerald qu’on attribue plus largement la compréhension et le développement de la réflexologie. Ses théories sont en effet à l'origine de la réflexologie plantaire que l'on peut qualifier d'occidentale. Oto-rhino-laryngiste américain, il découvre par hasard qu'une pression exercée sur une partie du nez, de la main ou du pied permettait d'anesthésier d’autres zones du corps. Dès lors, il s’intéresse à ce phénomène et établit quelques années plus tard ce qui sera nommé la « thérapie des zones »[ix], théorie toujours à la base des cartographies de réflexologie actuelle. Dans cette vision, il divise le corps en dix zones longitudinales (5 du côté droit et 5 du côté gauche), qui partent du sommet de la tête et se prolongent dans le corps jusqu’aux orteils et aux doigts. La stimulation d’une de ces zones de peau permet d'obtenir une action à distance (une action réflexe) sur l’un ou les organes localisés à l’intérieur de ces mêmes zones.

 

Ses connaissances sont reprises par le docteur physicien Joe Shelby Riley. Puis c’est au tour de son assistante, la célèbre Eunice Ingham kinésithérapeute (1879/1974) américaine de reprendre ses travaux. Passionnée elle aussi de cette technique, elle dédie sa vie à l’application de cette théorie, vérifiant l'emplacement de chaque organe sur le pied en travaillant sur des milliers de cas cliniques au sein de l'hôpital St Peterburg à Tampa en Floride. Ses résultats furent si probants qu’elle démissionna de son poste afin de se consacrer totalement à ses propres recherches. On lui doit la reconnaissance et la diffusion de la réflexologie plantaire en occident. Elle établit une cartographie précise et diffuse son savoir sur différents continents. Elle publie de son vivant deux ouvrages de référence dédiées à la réflexologie « Stories the feet can tell  » et  « Stories the feet have told  » qui ont fait le socle de la réflexologie moderne.

 

            Alors que sa pratique s’est construite sur une démarche physiologiste et clinicienne, il est surprenant de noter que sa cartographie est à quelque chose près similaire aux cartographies utilisées en médecine chinoise ou dans d’autres traditions orientales et ce, enseignées depuis de nombreux siècles. Dwight Byers, le neveu de Eunice Ingham, prend sa relève à la fin de sa vie. Il devient en 1973 directeur de l'Institut International de Réflexologie (IIR) et se consacre à son tour à la pratique et à l'enseignement de la réflexologie. Son petit fils James Pedersen prend successivement sa relève.

 

            Si l’essor de la biologie, de la chimie et de la science médicale ont grandement étouffé les découvertes modernes en réflexologie, parallèlement de nombreux praticiens et cliniciens (kinésithérapeutes, ostéopathes, chiropracteurs…) se sont intéressés à cette pratique et continuent de la faire progresser. Ce fut le cas Georges Goodheart ou de John Thie (“La santé par le toucher), de Elisabeth Dicke[x],  ou encore du Dr. allemand Wolfgang Kohlrausch[xi] et du Dr Teirich-Leube[xii] qui publient à eux deux plusieurs livres sur ce sujet entre 1937 et 1961.  Le Dr. Paul Nogier découvre l’auriculothérapie dans les années 1950 voyant dans le pavillon de l’oreille, une forme d’un fœtus.  Plus récemment, le docteur Jean Bossy (1929-2009), professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier publie de nombreux articles au sujet de la neuro-anatomie,  l’acupuncture et la réflexothérapie. Son livre “Bases neurologiques des réflexothérapies”, publié pour la première fois en 1975, reste une référence dans la réflexologie moderne.


La réflexologie, vers une pratique intégrée à la médecine


            Longtemps reléguée par la médecine allopathique, la considérant comme une technique alternative, la réflexologie se voit aujourd’hui frayer un chemin de plus en plus évident vers une médecine intégrative. En france, la réflexologie est considérée comme une technique relaxante. Mais de plus en plus de cliniques et hôpitaux accueillent des réflexologues dans leur établissement ou recommandent l’usage de la réflexologie en parallèle de leur protocole. C’est le cas de l’institut de cancérologie Paris Nord qui attribue à cette technique le titre de « soins de supports » tandis que la ligue contre le cancer reconnait les bienfaits de cette pratique sur les effets secondaires éventuels de la chimiothérapie tels que hypersensibilité, nausées, céphalées, anxiété. Outre la cancérologie, la réflexologie a prouvé ses bienfaits sur l’accompagnement des troubles nerveux, des troubles du sommeil, des troubles intestinaux[xiii], de l’infertilité ou encore de la grossesse[xiv]et de la gestion du stress[xv]. On ne peut qu’espérer que ces avancées soient un point de démarrage important à la reconnaissance et valorisation de cette pratique, dont l’efficacité n’est plus à démontrer et que la réflexologie prendra sa place dans notre système de prévention et de soutien à la santé.


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Nina BOSSARD NATUROPATHE – REFLEXOLOGUE PLANTAIRE – FORMATRICE & AUTEURE


Article rédigé pour la revue professionnelle Hippocrate

Sources :

[i] Jenny WALLACE, une indienne Chérokee de la "Blue Bridge Mountain" témoigne de cet héritage, dans l'ouvrage de Christine ISSEL "Reflexology : Art, science and History" par C. Issel New Frontier Publishing p 30.

[ii] Réflexologie amérindienne spirituelle – Marc Ivo Bohning – Eidtions Recto-verseau 2009

[iii] Vos pieds font votre santé – Maitre Yo-MO- KUAN étitions trédaniel p. 18

[iv] Reflexology : Art, science and History" par C. Issel New Frontier Publishing p 30.

 

[v] Un idéogramme est un symbole graphique représentant un mot ou une idée utilisé dans certaines langues vivantes (comme le chinois et le japonais) ou anciennes (comme les hiéroglyphes de l'Égypte antique) 

[vi] issue du Deutéronome, cinquième livre du Pentateuque (Deut. 28, 56)

[vii] Pavlov PI. Conditioned Reflexes: An investigation of the physiological activity of the cerebral cortex (1927), Annals of Neuroscience 2010;17:136-41.

[viii] Head H 1894 On disturbance of sensation with especial -

[ix] Zone therapy; or, Relieving pain at home by Fitzgerald, Wm. H. (William Henry Hope), b. 1872; Bowers, Edwin F. (Edwin Frederick), b. 1871 Published 1917 Topics Therapeutics, Physiological, Analgesia, Pressure – Publisher Columbus.

[xii] “Massage des zones réflexes dans le tissu conjonctif en présence des maladies rhumatismales et des maladies des organes internes”.

Yaqi H, Nan J, Ying C, Xiaojun Z, Lijuan Z, Yulu W, Siqi W, Shixiang C, Yue Z.Complement Ther Clin Pract. 2020 Aug;40:101198. doi: 10.1016/j.ctcp.2020.101198. Epub 2020 May 8

[xiv] Iran J Nurs Midwifery Res. 2010 Dec; 15(Suppl1): 302–310. PMCID: PMC3208928 PMID: 22069404 Reviewing the effect of reflexology on the pain and certain features and outcomes of the labor on the primiparous women  Mahboubeh Valiani, MSc,* Elaheh Shiran,** Maryam Kianpour, MSc,*** and Marziyeh Hasanpour, PhD****

 

[xv] Fasciatherapy and Reflexology compared to Hypnosis and Music Therapy in Daily Stress Management. Interdisciplinary Working Group for Nonpharmacological Stress Management (IWGNSM), Paris, France,2Ecole Bien-Etre du dos, Gentilly, France, 3Elisabeth Breton Reflexology School, Guyancourt, France,4Institut Français d’ Hypnose, Paris, France -

 [N1]Citation ?

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